Visite de la Havane

(texte extrait d'un excellent article de Patricia Minne, sur Cuba, publié par la revue belga Voyages Voyages)

Fondée en 1514, La Havane, aujourd'hui la plus grande ville des Caraïbes, ne fut pas toujours la capitale de l'île. Ce rôle, elle l'hérita de Santiago de Cuba en 1607 grâce a sa position stratégique, à l'entrée du Golfe du Mexique. Mais, dés le milieu du 16e siècle, elle était déjà reconnue comme le principal port des " Amériques ", qu'il fallut cependant fortifier contre les pirates et les sièges des candidats-colons les Britanniques, par exemple, l'occupèrent pendant onze mois.
Durant la période industrielle, de 1835 et 1890, elle s'équipa de toutes les inventions (électricité, téléphone, transports publics...), qui firent d'elle une ville moderne, en pleine expansion commerciale. Mais 'image d'aujourd'hui est beaucoup plus proche de celle que nous pr6sentait le film " Habana ", avec Robert Redford, a l'aube de la révolution cubaine, au temps ou la ville rimait avec le sucre et la luxure, dans une vague ambiance trouble, mais haute en couleurs. C'était l'époque d'Hemingway, qui y vécut plus de 20 ans et fréquenta avec assiduité les bars du vieux Havane et le port de Cojimar. Rien, depuis, n'a changé. Ni les odeurs, ni les bruits, et encore moins l'ambiance.
Les maisons y sont seulement beaucoup plus délabrées et les couleurs ont terni :
Depuis 1982, ses superbes demeures lui ont valu de rejoindre une ville comme Dubrovnik sur la liste des cités déclarées patrimoine de l'Unesco, ce qui a justifié des millions de dollars destines a leur restauration.
Pourtant, mis a part le quartier " historique " et quelques bâtiments épars, l'impression générale n'est pas aussi reluisante et le Havane " moderne " a des airs de ville abandonnée, squattée ensuite par des milliers de familles. Aussi, bien que la ville soit très étendue (un peu plus de 700 km2), une visite de la Havane se concentre généralement autour de ses " musts ", dans " La Habana Viella ", de loin le plus beau quartier, le " Centro Habana " et un petit bout du " Vedado ".
Le " Malecon ", un long boulevard (il fait 8 km) qui longe la mer et relie la Cinquième Avenue au cœur historique, est presque un passage obligé, si vous logez a Miramar, le long de l'Avenida I, dans le quartier " chic " de La Havane d'avant la révolution.
On y trouve l'horrible bâtiment en béton de l'ambassade de Russie et quelques hôtels "étoilés ", plantés sur une cote sans plage.
Hormis les quelques belles demeures bourgeoises muées en consulats, ambassades ou restaurants, l'endroit n'offre cependant aucun intérêt majeur.
Je conseille donc de commencer la visite à l'autre extrémité du Malecon, a deux pas du Castillo de la Real Fuerza, une petite forteresse massive qui protège un des joyaux de la vieille ville : la Place d'Armes. Cette place presque totalement restaurée, est entourée de plusieurs édifices importants, érigés a la fin du 18e siècle, et ponctuée d'un joli parc abondamment fleuri. Malgré l'architecture massive des bâtiments, la place est particulièrement animée. Par la présence des touristes, mais surtout par celle des nombreux bouquinistes et de quelques " figurantes " qui, en costume d'époque, vous proposeront de poser pour la photo.
A l'ouest de la place, la Calle Oficios, qui doit son lifting aux dons de I'Unesco, file vers une autre très jolie esplanade, rénovée pour les beaux yeux des quelques bateaux de croisière qui, depuis peu, reviennent s'amarrer au quai voisin.
Quelle est la curiosité locale, en plus des belles maisons et des petits musées de la Calle Oficios ? La Basilique San Francisco, que d'autres appellent aussi " Iglesia y monasterio de San Francisco " , et qui, dit-on, possède le plus haut clocher de la ville. Rebâtie au début du 18e siècle dans un style baroque très simple (l'église originale date de 1608), elle n'est plus un lieu sacré, mais une salle de concert ,à l'acoustique d'ailleurs excellente. On y visite aussi la crypte et un petit musée archéologique (entrée : 2$, de 9 h 30 a 18 h 30).
La " Fontaine aux lions ", sculptée dans un marbre blanc par un artiste italien il y a plus d'un siècle et demi, trône sur la place et est également très jolie. Les rues qui vous mèneront ensuite vers l'autre merveille de La Havane, la place de la cathédrale, sont, elles aussi, pleines de belles demeures et de petits musées.
L'une des plus animées, la Calle Obispo, part de la Place d'Armes vers le Centro Habana, mais si vous vous contentez, dans un premier temps, des deux premiers pâtés de maisons, vous rencontrerez déjà la Maison d'Obispo (aux n° 117 a 119) et l'hôtel Ambos Mundos, devenu célèbre depuis qu'Hemingway y demeura (la chambre 511 qu'il occupa avant d'acheter une maison dans un quartier peripherique se visite comme un musée, moyennant I $ ou le plus grand de vos sourires...). Tout a coté, les touristes s'arrêtent dans une pharmacie, la plus ancienne de La Havane et, a ce titre, totalement restaurée.
Depuis la Calle Obispo, les rues Mercaderes ou San Ignacio conduisent a la cathédrale, le rendez-vous des mendiants, mais aussi des artisans, qui animent un marche quotidien. Les maisons de la place, pour la plupart des anciens palais du 18e siècle, sont typiques et abritent des cours intérieures de toute beauté. A cinquante mètres a peine de l'église, dans la Calle Empedrado, La Bodeguita del Medio est un autre lieu a ne pas manquer pour un lunch tout en musique.Ce bar-restaurant collectionne les signatures :elles décorent les murs, aux cotes de quelques souvenirs et photos de célébrités. La plus connue d'entre elles est une photo d' Hemingway, une fois encore, qui venait y avaler des mojitos, l'une de ses boissons préférées...
Le restaurant est pittoresque, abordable, mais ne mérite pas de palmes culinaires. C'est d'ailleurs le bar (et son trottoir) qui monopolise toute l'ambiance et la clientèle... Prochaine étape : le quartier de " Centro Habana ", que l'on rejoint par la rue Obispo, bordée de commerces et de " solares ", de grandes demeures délabrées, dotées d'une cour intérieure et habitées par plusieurs familles.
Avant d'atteindre le " Parque Central ", Obispo debouche sur la Plazuela de Albear, a deux pas du restaurant El Floridita qui a donne son nom au deuxième apéro préfère d'Hemingway...
Le Parque Central est la frontière entre le vieux quartier de la Havane et la ville " moderne ".
La statue de José Marri y domine les palmiers, les bancs et I'Avenida Marti, plus fréquemment appelée le Paseo del Prado, qui fut une des plus élégantes artères de la ville.
Avec son allée centrale réservée aux piétons et les belles maisons qui le bordent, le " paseo " est toujours l'une des promenades préférées des Havanais. Et si l'avenue n'est certes plus aussi rutilante que par le passé, elle compte toujours deux des plus beaux bâtiments du Centro Habana : le Gran Teatro, le plus ancien du " Nouveau Monde " et l'hôtel Inglaterra, deux parfaits exemples de l'architecture de la fin du siècle dernier.
L'opéra se visite (du mardi au dimanche, de 10 a 19 h. Prix 2$) et la vue, depuis la terrasse de l'hôtel, mérite que l'on s'y attarde un peu...
Du Parque Central, deux options s'offrent a vous :
virer a gauche, vers le Capitole, une copie de son homonyme américain, bien moins intéressant que le Palais Présidentiel, mué en Musée de la Révolution, ou à droite, en direction du Malecon.
Personnellement, je conseille cette balade, qui passe aussi par le Paseo Marti et un autre superbe hôtel : le Sevilla (Trocadero 55), qui a pour voisin (ou presque), le Musée National des Beaux-Arts, installé dans un immeuble moderne et sans charme, mais qui abrite une très belle collection d'objets d'art et de peintures européennes et cubaines , du 18e au 20e s.(ouvert du jeudi au lundi, de 10 a 17 h. Entrée : 3$).

Face a lui : le " grana ", le très historique bateau qui ramena Castro et ses compagnons après sa période d'exil mexicain.
II est entoure d'un tas d'autres " souvenirs " militaires de la révolution, exposes en plein air, dans ce qui devait être les jardins du Palais présidentiel.
Quand Batista l'abandonna pour prendre la fuite, il fut " nationalisé ", puis promu au rang de " Musée de la Révolution " dont il est la mémoire. Si vous vous intéressez a l'histoire cubaine, il s'avère donc un arrêt indispensable (Entrée : 3$. Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10 a 17 h -18 h, le mard).
Devant l'entrée, un char d'assaut affronte un reste de muraille. Anachronique!
Et si, à présent, vous continuez tout droit en direction de la mer, vous ne manquerez pas la phototype: la statue équestre de Maximo Gomez fixant l'ancien palais deux symboles 100% révolutionnaires, que côtoie l'ambassade d'Espagne (au coin de la Plaza 13 de Marzo). Elle a eu droit au plus beau bâtiment.
Pour un petit coup de nostalgie, longez un instant le Malecon.
Les maisons qui le bordent ont jadis été superbes et attendent une restauration ou... la démolition, pour raison de sécurité, car certaines ont déjà commence a s'écrouler. Prise de loin, la photo est trompeuse : les couleurs des façades sont chaudes.
De près, c'est presque la désolation mais il faut demeurer optimistes !!
En direction de Miramar et de la Cinquième Avenue, les immeubles de béton se succèdent, eux aussi en bien piteux état C'est la que se sont implantes deux des hôtels les plus chers de La Havane, le Melia Cohiba et le Nacional ; l'un déguisé en tour ultramoderne Hilton style, l'autre en château neocolonial.
Ils annoncent le " Ve-dado ", le troisième quartier le plus visite. Les deux pôles d'attraction s'y trouvent au centre des rues rectilignes, qui, ici, ne portent plus de noms, mais des numéros. Coince entre les " calles " 23, 39, 26 et 4, le grand carré formé par la Necropole Cristobal Colon est l'un d'eux. On y accède aussi par l'avenue Simon Bolivar.
Depuis le parc de la fraternité et le Capitole, mais croyez-moi, tout comme les bâtiments de l'Université toute proche et la Place de la Revolution, centre des ministères a l'architecture fonctionnelle et aux façades décorées de héros révolutionnaires (dont le Che, évidemment), la visite ne vaut pas vraiment les deux heures (minimum) de balade nécessaires pour y arriver et en faire le tour.
Pour le reste, si vous avez une voiture

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le temps et un certain intérêt pour la chose, rendez-vous dans la périphérie industrieuse, a San Francisco de Paula: c'est là que se trouve la maison louée, puis achetée par Hemingway a partir de 1939 restaurée tout récemment. II y habita jusque peu de temps avant sa mort (en 1961).
Aujourd'hui, la belle villa est devenue musée et rien ne semble y avoir bougé depuis son départ.
Dans le jardin, à cote de la piscine : son bateau, El Pilar (dont Key West ne possède que la copie, quoi qu'elle en dise), et la tombe de ses chiens (le musée est ouvert du lundi au samedi, sauf le mardi, de 9 a 16 h et jusqu'au midi, le dimanche. Entrée : 3$.
II est interdit de pénétrer a L'intérieur de la maison dont on aperçoit les pièces depuis les fenêtres. Les photos intérieures sont également prohibées.
Reste les forteresses, qui surplombent la Baie de La Havane et auxquelles on accède en empruntant le tunnel (un souvenir français des années 50) qui passe sous l'eau, a l'entrée du Detroit de Floride.
L'une d'elles abrite un musée maritime et un beau point de vue.
L'autre fait face a La Habana Vieja, mais aussi au panorama, peu engageant, du port et des zones industrielles crachant leur pollution...